Société des Amis de la Bibliothèque Forney




LA BIBLIOTHÈQUE DE L'ARSENAL


par Claudine CHEVREL


Article de Claudine Chevrel, (Conservateur en Chef à la Bibliothèque Forney), paru dans la revue SABF (Sté des Amis de la Bibibliothèque Forney) 2010 - Bulletin n° 185



Il existe à Paris, non loin de l'Hôtel de Sens, face à l'île Saint-Louis, une bibliothèque dont la salle de lecture et la succession de salons aux parquets de bois ciré semblent garder le souvenir des hôtes illustres qui les ont fréquentées : Sully et Henri IV, Madame de Genlis, Charles Nodier et tous les "lions" romantiques, José-Maria de Hérédia et les Parnassiens. Planté au centre d'un terre-plein gravillonné orné d'une curieuse statue de Rimbaud, flanqué sur un de ses flancs par les écuries de la Garde Républicaine et sur l'autre par le Pavillon de l'Arsenal et la tour plus moderne de la Préfecture de Paris, le bâtiment présente une façade très originale hérissée de bouches a feu et de canons qui rappelle sa fonction primitive d'arsenal.




La Bibliothèque de l'Arsenal




L'Arsenal

C'est en 1512 que Louis Xll fit installer par la ville de Paris une fonderie de canons sur des terrains qu'elle louait au couvent des Célestins. Au cours du 16ème siècle, ces terrains, situés à l'intérieur de l'enceinte de Charles V, non loin de l'Hôtel Saint-Paul et de l'Hôtel de Sens, vont faire contestation entre la ville et le roi, qui n`en continua pas moins à étendre les installations des fonderies et des entrepôts. Henri II mit fin au litige en achetant aux Célestins tous les terrains situés entre leur jardin et le mur d`enceinte de Paris, ce qui lui permit d'édifier un ensemble cohérent "Le Petit Arsenal" composé de deux granges en pierre de taille, l'une pour la fonte des armes, l'autre comme entrepôt, et des logements pour les officiers et les ouvriers.

Après l'incendie de 1563 qui en détruisit la majeure partie, Henri Ill confia à Philibert Delorme la tâche de reconstruire "Le Grand Arsenal", soit trois granges appuyées sur le rempart et le logis du Grand Maître de l'Artillerie. Sous le règne de Henri IV, cette charge fut confiée à Maximilien de Béthune, duc de Sully qui entreprit la rénovation des bâtiments, ruinés par les guerres de la Ligue. Grâce à l'achat de nouveaux terrains, les agrandissements continuèrent et les berges furent plantées de mûriers pour constituer un mail. En 1602, l'hôtel du Grand Maître fut reconstruit en une galerie qui subsiste encore et constitue comme la colonne vertébrale des actuels bâtiments de la bibliothèque de l'Arsenal, dont la façade est visible le long de la rue de Sully.




Charles de la Porte, duc de La Meilleraye




L'Arsenal

Si le fils de Sully, qui lui succéda dans la charge, ne semble avoir commandé des travaux que pour les magasins et fonderies, son successeur Charles de La Porte, duc de La Meilleraye fit exécuter nombre d'embellissements : il en subsiste le grand escalier à cage carrée, le décor de la voûte rampante au-dessus de l'escalier de Sully et surtout les deux cabinets richement décorés dans le style de la première moitié du 17ème siècle, en l'honneur de son épouse Marie de Cossé-Brissac. Le premier, le plus grand, parait lui avoir servi de chambre a coucher. Y sont représentés sur les murs des épisodes glorieux pour les deux familles, l'entrée de Henri IV dans Paris, le siège de Hesdin ou Charles de Meilleraye conquit son bâton de maréchal, et le siège de La Rochelle, en l'honneur du cardinal de Richelieu, cousin germain de Marie de Cossé. Le plafond est divisé en caissons à la mode italienne décorés de grosses guirlandes dorées, où l'on voit le Sommeil, Diane au croissant d'argent et le Silence, sujets bienvenus dans une chambre à coucher. Le compartiment central du plafond représente le Parnasse (Apollon et les neuf Muses). À côté de la Renommée, apparaît la France triomphante grâce au maréchal, et la Victoire entourée par les armoiries des villes par lui conquises. Enfin, aux angles, les quatre écoinçons représentent les figures allégoriques des quatre parties du monde.

La petite pièce voisine, exquise par ses proportions et son harmonie, sans doute un oratoire, est connue sous le norn de "cabinet des femmes fortes" à cause des figures féminines qui ornent la frise : Esther, Porcia, Sémiramis, Judith, Lucrèce, Bérénice, Jeanne d'Arc en costume Renaissance... Marie de Cossé prête ses traits à Marie Stuart. Ces deux cabinets constituent le seul ensemble de plafonds et de boiseries de style Louis XIII encore visible à Paris dans son intégrité. On y accède par le grand escalier monumental construit par Labrouste, accueilli sur le palier par les bustes de Henri i\/ et de Sully. Plus loin, un petit salon abrite un beau régulateur de Julien Le Roy, dans le style Boule, provenant de l'abbaye de Saint-Victor. Sa singularité tient au cadran ovale, la plus petite aiguille glissant sur une rainure et s'allongeant ou se raccourcissant selon qu'elle arrive à la partie la plus allongée ou la plus rétrécie de l'ovale.

Les transformations les plus considérables furent accomplies par le duc du Maine, l'un des fils légitimes de Louis XV, qui confia à Germain Boffrand la tâche de doubler le bâtiment de Sully, au sud du rempart, au-dessus de la berge de la Seine. Mais les travaux trainèrent en longueur et il ne put jamais habiter le bâtiment neuf. En 1745, un architecte, Dauphin, obtint du fils du duc du Maine, le comte d`Eu, la concession de six pièces qu`il fit achever et décorer. Ce sont les salons ayant vue sur le boulevard Morland, qui ont conservé leurs boiseries du 18ème siècle et les dessus de porte, dont les plus remarquables sont ceux du "Salon de musique" (nommé ainsi à cause des trophées musicaux sur les murs), qui reproduisent en camaieu les bas-reliefs de Bouchardon pour la fontaine de Grenelle et figurant les quatre saisons.

Les arsenaux ayant été répartis le long des frontières, les fonderies et magasins avaient été convertis en logements que le roi concédait par des brevets spéciaux à des privilégiés. Avec la nomination, à la suite du comte d'Eu, d`Antoine~René de Voyer d'Argenson, marquis de Paulmy, commence l'histoire de l'Arsenal comme haut lieu de bibliophilie.





Le marquis de Paulmy




Le marquis de Paulmy

Fils d'une très ancienne maison possédant des domaines en Touraine et en Poitou et d'un père si connu a la cour pour son originalité qu'on le surnommait "la Bête", le marquis de Paulmy se sentait plus proche de son oncle, le comte d'Argenson, de caractère plus souple qui finit sa carrière comme secrétaire d`Etat à la guerre. Lui-même cumula les charges avant de partir pour la Pologne et Venise comme ambassadeur. Devenu gouverneur de l'Arsenal en 1771, il se retira de la vie publique et put se consacrer à sa vocation véritable qui était l'enrichissement de sa bibliothèque et son œuvre de compilateur littéraire. En 1754, alors qu'il n'avait que trente-deux ans, sa collection passait déjà pour fort belle jusquà atteindre 60.000 volumes en 1775.

Achetant sans compter, il se trouva à demi ruiné, et pour éviter la dispersion de l'œuvre de sa vie, il réussit à la vendre en 1785 au comte d'Artois, frère de Louis X\/l, s'en réservant l`usufruit. Il acheta de nombreux ouvrages à des libraires connus, mais aussi lors de grandes ventes, ce qui permet souvent de retracer l'origine de volumes provenant de bibliophiles réputés. En 1786, il doubla presque sa collection en achetant l'énorme bibliothèque du duc de La Vallière, puis une partie de celle du prince de Soubise contenant des volumes de la collection de Thou. A la mort de son oncle, déjà, il s'était attaché à racheter les pièces les plus précieuses de sa collection, comme "le Térence des ducs" ou un bel ensemble des manuscrits de Bourgogne à l'histoire mouvementée. Fondée à la fin du 14e siècle par Philippe de Hardi, la bibliothèque des ducs de Bourgogne dut surtout son accroissement à Philippe Le Bon puis fut installée à Bruxelles par Philippe ll. Lors de l'occupation des Pays-Bas par les troupes françaises, Louis XV souhaita récupérer les pièces concernant les droits des rois de France. Le comte d'Argenson, ministre de la guerre lors de la signature du traité d`Aix-la-Chapelle visita la bibliothèque... d'où 180 manuscrits disparurent ! Une grande partie enrichit la bibliothèque du Roi qui dut les restituer en 1770... mais une quarantaine fut gardée par le comte d'Argenson lui-même et représente un remarquable exemple de l'art de la miniature dans les Flandres, durant la deuxième moitié du 15e siècle.

De la Révolution à la Restauration

Après la Révolution, la bibliothèque privée, cabinet d'érudit, encyclopédique mais marquée par les goûts de son fondateur va accéder au statut de bibliothèque publique, largement ouverte selon les idées du temps et se doter des instruments de travail adéquats. Mise sous séquestre comme bien d'émigré puis finalement confisquée en 1792, la bibliothèque du ci-devant comte d`Artois devint le 8e dépôt littéraire de Paris et son inventaire va répertorier plus de 190 000 volumes en 1795. Elle aurait sans doute été dispersée si l`lnstitut n'avait obtenu qu'elle lui soit attribuée en 1796. Au bout d'un an, l'Arsenal devint autonome et Hubert-Pascal Ameilhon en devint le bibliothécaire, tâche qu'il assuma pendant 14 ans, s'évertuant avec acharnement à accroître les collections. Nommé commissaire pour les bibliothèques de Paris en 1790, puis conservateur du dépôt littéraire de Saint-Louis-La-Culture, rue Saint-Antoine, il n'hésita à prélever plus de 50.000 volumes pour l'Arsenal dans le dépôt qu'il gérait. En 1811, c'est la totalité du dépôt Chabrillant qui connaitra le même sort. La plupart des grandes bibliothèques monastiques parisiennes se trouvent donc représentées dans les fonds de l'Arsenal, par des manuscrits ou par des imprimés. Il entreprit aussi le catalogage de cette énorme masse inorganisée et ,enfin rendue utilisable, la bibliothèque ouvrit au public en mai 1798, tous les premiers, troisièmes, sixièmes et huitièmes jours de chaque décade, de dix heures du matin à deux heures de l'après-midi.

Soucieux de décor, Ameilhon se fit également attribuer les plus beaux objets du dépôt : le régulateur horloger de Julien Le Roy, les monumentales échelles à roulettes de la Sorbonne, des bustes antiques en marbre, des globes célestes et terrestres, la fameuse roue à livres des Capucins. Cette dernière, datant du premier tiers du 17e siècle, est unique en France. Cest un meuble en bois de noyer constitué de deux piliers latéraux réunis par deux traverses horizontales. La traverse supérieure est l'axe autour duquel tournent quatre pupitres dont l`inclinaison face au lecteur est maintenue par des croix latérales en bois, à l'intérieur desquelles se trouve le mécanisme rotatif.


Les archives de la Bastille

Elles constituent un fonds très riche de plus de 3.000 cartons, depuis 1660, dans lequel les dossiers des prisonniers ne représentent qu'une partie. Aux papiers particuliers des officiers de la Bastille et de la maison du Roy vinrent s'ajouter les archives de la Lieutenance de police, de la Chambre de l'Arsenal et du Châtelet. Dès 1783, les papiers dûment classés furent installés dans un bâtiment spécialement construit, entre la tour de la Bertaudière et la tour de la Bazinière. Le 14 juillet 1789, les émeutiers, voyant dans cette collection de dossiers de police le symbole de l'arbitraire royal, passèrent par les fenêtres les documents qui aboutirent dans les douves... où des passants s'empressèrent de récupérer les plus belles pièces. Armeilhon parvint ensuite à faire transférer les restes du fonds à l'Hôtel de Ville puis au dépôt de Saint-Louis-La-Culture, et à réunir une partie des papiers dispersés : l'ensemble fut attribué en 1798 à la bibliothèque de l'Arsenal.

On y trouve le registre de sortie de 1703 annonçant la mort du "prisonnier inconnu toujours masqué de velours noir... dont le nom ne se dit pas" (et qui est passé à la postérité sous le nom du Masque de fer), la correspondance du marquis de Sade ou celle de Latude, célèbre pour ses rocambolesques évasions. Si les lettres de cachet restent l'aspect des Archives le mieux connu du public (et il est émouvant de découvrir tant de vies d`inconnus aux prises avec des tragédies qui les dépassent), les chercheurs n'ignorent pas la richesse des dossiers établis par la Lieutenance de police pour toute une couche de la population parisienne où se côtoient charlatans, joueurs, espions, prostituées et écrivains subversifs. Ils rendent autant compte des stratégies de la police, de la philosophie de la répression et de Famendement personnel que de la vie sociale et économique à Paris.




Charles Nodier




Charles Nodier

La Révolution et le Consulat ont vu se succéder dans le même logement deux personnages bien différents :
- l'Abbé Grégoire, bibliothécaire de l'an VII à l'an X, qui légua à l'Arsenal sa bibliothèque personnelle de 1.150 volumes, dont 13 manuscrits concernant l'histoire noire et l'esclavage, qu'il contribua à faire abolir, et
- Madame de Genlis, ancienne gouvernante des enfants du duc de Chartres, puis duc d'Orléans, qui tint un salon réputé où elle reçut Talleyrand, Talma ou Chateaubriand.

En 1816, restituée au Comte d'Artois et riche de 154.000 livres et manuscrits, la bibliothèque prit le nom de Bibliothèque de Monsieur, puis celui de Bibliothèque publique et royale de l`Arsenal en 1824 lorsque que ce dernier monta sur le trône, et en 1830 devint l'une des Bibliothèques publiques de Paris.

Charles Nodier, bibliothécaire de 1824 à 1844, accueillit dans le plus vivant et chaleureux des salons littéraires les disciples du mouvement romantique aussi bien que Fontanes ou lngres. Même s'il exerçait ses fonctions sans assiduité excessive, il sut recevoir efficacement les chercheurs et protéger la bibliothèque pendant la révolution de 1830. Sa connaissance des livres était proverbiale: amateurs et libraires lui demandaient des avis qu'il donnait parfois sur des billets ou une page de l'ouvrage soumis à l'examen. Il fut à l'origine en 1834 du Bulletin du Bibliophile. ll prêtait attention à la qualité du papier comme à celle de l'impression et attachait le plus grand prix aux reliures. Son action ne fut sans doute pas étrangère au goût pour le pastiche qui allait marquer la reliure française dans la seconde moitié du 19ème siècle.

La construction par Théodore Labrouste, frère de l'architecte de la Bibliothèque Nationale, de deux pavillons, aux extrémités Est et Ouest du corps de logis principal, permit claménager une nouvelle salle de lecture et une salle des catalogues, et de déplacer et réinstaller Fappartement de la duchesse de LaMeilleraye.

En 1848, un décret du ministre de l'Instruction publique régularisait le dépôt légal des livres, suivi en 1880 par celui des journaux imprimés à Paris. Au poète polonais Adam Mickiewicz succéda comme administrateur Paul-Mathieu Laurent, disciple de Prosper Enfantin qui eut le mérite de faire entrer dans les collections les archives saint-simoniennes, soit 34.600 documents non reliés, et sut mettre en sécurité les trésors de l`Arsenal dans les caves du 18e siècle, pendant la guerre de 1870 et la Commune. 4.000 volumes sauvés des incendies des châteaux de Saint-Cloud et de Meudon, brûlés en 1871 par les troupes allemandes, rejoignirent aussi les collections.

En un temps où les nominations se faisaient au bénéfice de personnalités célèbres de la littérature afin de leur assurer une sinécure et un logement, le poète José-Maria de Heredia, lui, ancien élève de l`École des Chartes, était vraiment préparé aux fonctions d'administrateur qu`il exerça de 1901 à 1905. ll enrichit la bibliothèque d'un grand nombre d'éditions romantiques et sensible au décor du lieu, il eut a coeur d'obtenir la restauration du salon de la duchesse du Maine. Son salon du samedi était ouvert aux Parnassiens et aux Symbolistes.




José-Maria de Heredia




Les collections

Entrée dans la Réunion des bibliothèques nationales de Paris en 1926, l'Arsenal fut rattachée en 1934 à la Bibliothèque Nationale, dont elle devint un département l`année suivante. Elle est aujourdhui un département de la Direction des Collections de la Bibliothèque Nationale de France et reste fidèle à sa vocation de bibliothèque avant tout littéraire. Ses coliections comprennent 10.000 manuscrits médiévaux et modernes, plus d'un million de livres imprimés, 100.000 estampes, 3.000 cartes et plans des 17ème et 18ème siècles, ainsi qu'un fonds de musique ancienne. En tenant compte de l'histoire et des coilections de la bibliothèque, la politique documentaire a été redéfinie en limitant les accroissements à la littérature française du 16ème au 18ème siècle, et à certains fonds particuliers (histoire du bâtiment et de ses occupants, la Bastille, le Saint-Simonisme), avec dans le domaine littéraire Madame de Genlis, Charles Nodier, Paul Lacroix, José Maria de Heredia, Pierre Louys, Georges Pérec et l'Oulipo, et la reliure pour la bibliophilie.


Les manuscrits

lls constituent un des principaux attraits de la bibliothèque par leur richesse et leur diversité. Les manuscrits médiévaux y tiennent une place prestigieuse et reflètent le goût du marquis de Paulmy pour la iittérature française médiévale, les classiques latins, l'astronomie ou la botanique et lhistoire, ainsi que pour les manuscrits liturgiques à peintures (on dénombre plus de 100 livres d'heures enluminés). La majorité des manuscrits latins médiévaux (600 environ) proviennent des dépôts littéraires de la Révolution, des grandes abbayes et des collèges. La richesse pour les 17ème et 18ème siècles est considérable en documents historiques, littéraires, papiers d'érudits. Les papiers de Louis-Sébastien Mercier comprennent environ 10.000 pièces, dont les manuscrits du célèbre "Tableau de Paris". Pour les siècles suivants, on trouve les manuscrits d'un bon nombre d'écrivains : Leconte de Lisle, L. Frapié, Ferdinand Bac, H. Barbusse, R. Dorgelès et Jean-Jacques Gautier. Les archives de Georges Pérec sont aujourdhui déposées auprès de l'Association Georges Pérec. Les années 1960-1980 ont vu l'enrichissement des collections dans l'art du livre contemporain grâce aux dons faits par des illustrateurs ou des relieurs, comme Matisse, Dunoyer de Segonzac,G. de Coster, R. Bonfils...


Les estampes

Une bibliothèque bien choisie au 18ème siècle se devait de comporter une section d'estampes et le marquis de Paulmy recueillit des plans et des vues de ville manuscrits ou gravés, aussi bien que des portraits, ou des œuvres de graveurs (Callot, Israël Silvestre, Sébastien Leclerc ou Gravelot). Si, en 1860, le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque impériale obtint de prélever dans la collection de l*Arsenal plus de 6.000 documents datant du 16ème siècle, un large dédommagement s'ensuivit qui consista à recevoir 20.000 gravures isolées et une centaine de recueils faisant double emploi rue de Richelieu. Le dépôt légal fut ensuite une source d'accroissement jusqu'au début de la Troisième République, ou les photographies ne sont pas les envois les moins intéressants, avec des vues topographiques éditées par Blanquart-Evrard à Lille.


Le fonds musical

Riche de plus de 1.500 volumes, essentiellement axé sur le 18ème siècle et la musique profane plutôt que sacrée, il constitue un ensemble bien équilibré entre musique instrumentale, vocale et dramatique. Commençant dans le dernier quart du 17ème siècle avec les œuvres de Lully, tes collections d'opéras sont très étoffées jusqu'aux opéras comiques de la fin du siècle. Les meilleurs airs, duos et récits sont rassemblés dans des recueils destinés à une pratique domestique. Les formes plus intimes comme la Cantate française sont présentes avec Campra ou Clérambault et le fonds va jusqu`aux hymnes révolutionnaires. Le goût des collections musicales s'est développé à la fin du 17ème siècle, lorsque les tragédies lyriques de Lully furent abondamment éditées et disponibles dans plusieurs ateliers de copistes. Éditées en format in-folio et souvent reliées en veau, ces partitions se démarquaient des publications musicales antérieures, moins imposantes. Le fonds liturgique est aussi très intéressant avec des antiphonaires, graduels, missels, avec plain-chant noté. Le fonds de poésie spirituelle (cantiques, psaumes, noëls) est particulièrement riche en recueils des 17ème et 18ème siècles, ainsi que celui de poésies dramatiques.


Les cartes et plans

Chargé d'une mission de reconnaissance le long des frontières françaises par son oncle le comte d'Argenson, ministre de la guerre, le marquis de Paulmy fit dresser copie des plans militaires levés à cette occasion, qui constituent la base de la collection de l`Arsenal. Leur importance militaire était connue puisqu'en 1815, le chef de l'artillerie prussienne, entrée à Paris avec les alliés après Waterloo, brisa avec ses hommes la porte du cabinet de la Meilleraye où étaient conservées les cartes et en ernporta un nombre important. L'ensemble restant dépasse cependant les 3.000 numéros.


Les périodiques

Pendant son premier siècle d'existence, la bibliothèque ne fit pas une place particulière aux revues et journaux qui reçurent une cote dans la série "Histoire" : on y trouvait "le Mercure de France, le Journal des savants, le Moniteur universel, le Journal des débats, la Revue des deux mondes ou le Magasin pittoresque". Au début de 1880, le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry, cherchant à coordonner l'action des bibliothèques de l'État, décida de constituer à l'Arsenal la collection des journaux publiés à Paris, grâce au dépôt légal. Puis le bibliothécaire trouva que cette mission sur la presse devait avoir un effet rétroactif et commença à remonter à la tête de collection des titres paraissant en 1880. Cela explique que la collection réputée de journaux révolutionnaires ne soit pas d'origine ! Si cette collecte systématique des titres parisiens n'a pas été poursuivie au-delà de la Première guerre mondiale, il reste cependant un ensemble de 11.500 titres surtout politiques, mais aussi d'actualité en tout genre (magazines littéraires, familiaux, techniques, sportifs, financiers, militaires...) intéressant la Belle Époque.


Les reliures

L'art de la reliure est remarquablement illustré par les fonds de la bibliothèque, on l`on va des plaques d`ivoire du Vème siècle ornant le Tropaire d`Autun aux reliures d'ivoire et d'orfèvrerie des évangéliaires de Sainte Aure. Notre cœur de bibliothécaire de Forney s'est ému devant la reliure de velours rouge tendu sur des ais de chêne, décorée d'ornements de vermeil ciselé, destinée à protéger "Le décret de Gratien", propriété de Tristan de Salazar, l'archevêque qui fit construire l'Hôtel de Sens. L'âge d'or de la reliure, le 16e siècle, est particulièrement bien représenté avec des reliures "à la fanfare" ainsi que le XVIIème siècle, même s'il fut moins novateur. Le XVIII siècle amène ses mosaïques et ses dentelles. Après la Révolution et ses difficultés économiques, il faut attendre Thouvenin (qui travailla beaucoup pour Nodier) pour un nouvel essor au XIXème siècle : sous l'appellation "romantique", tous les styles de reliures anciennes furent alors pastichés




La salle de lecture de la Bibliothèque de l'Arsenal




La salle de lecture de 48 places est ouverte au public universitaire et à toute personne justifiant de recherches en rapport avec les fonds, du lundi au -vendredi de 10h à 18h, et le samedi de 10h à 17h. Pour être admis, il faut présenter la carte de la BNF niveau Recherche ou se faire délivrer sur place un titre d'accès. Les manuscrits sont signalés dans le catalogue en ligne BNF-Archives et manuscrits, les estampes et la musique dans le catalogue général de la BNF, ainsi que les ouvrages imprimés (exception faite des livres entrés de 1880 à 1987). La bibliothèque organise des expositions temporaires et des soirées littéraires, notamment " Les lundis de l'Arsenal“. Des visites guidées sont organisées (tél. 01.53.79.49.49) pour admirer les deux cabinets de la Meilleraye, et l'ensemble des salons des XVIIème au XIXème siècle, notamment le Salon de musique de style rocaille et ceux qui ont accueilli les cénacles de Madame de Genlis et de Charles Nodier.

Bibliothèque de l' Arsenal 1, rue de Sully 75004 Paris - Tél : 01.53.79.39.39 - courriel : arsenal@bnf.fr - Page Internet : http://www.bnf.fr/fr/la_bnf/sites/a.site_bibliotheque_arsenal.html





Sur la bibliothèque de l'Arsenal, vous pouvez lire à la bibliothèque Forney :

LAUER (Philippe). Les principaux manuscrits à peinture de la bibliothèque de l'Arsenal. Paris, pour les membres de la société française de reproduction de manuscrits à peintures, 1929., F .
RES 225

SCHEFER (Gaston). Catalogue des estampes, dessins et cartes composant le cabinet des estampes de la bibliothèque de l'Arsenal. Paris, Société pour l'étude de la gravure française, 1929.
NS 43363 différé

FUNCK-BRENTANO (Frantz› et DESLANDRES (Paul). La bibliothèque de l'Arsenal. Paris, Henri Laurens, 1930. 64 p
NS 35343 26 différé

CALOT (Frantz).La Bibliothèque de l'Arsenal. Paris, A. Morancé, ca 1940. 19 p
NS 47338 différé

LEFÈBRE (Martine) et MUZERELLE (Daniella). La bibliothèque du marquis de Paulmy. Dans: Histoire des bibliothèques françaises, t.2, Paris, Promodis -Editions du Cerclie de la librairie, 1988.
NS 34 606 2 dífféré


Articles de périodiques

DUVAL (Alexandre). L`Arsenal, histoire des monuments de Paris
Dans : Musée des familles, juillet 1834, pp 297-299

SCHEFER (Gaston). La bibliothèque de l'Arsenal
Dans : la Cité, 1926, p 147

BATlFFOL (Louis). Le Mail de l'Arsenal au XVIIIème siècle
Dans : la Cité, 1930, pp 1-20

BATTIFOL (Louis). La construction de l'Arsenal au XVIIIème siècle et Germain Boffrand
Dans : la Cité, 1932, pp 1-28

A l'Arsenal, le cabinet de Marie de Cossé
Dans : Plaisir de France, decembre 1961, n° 278, pp 66-67

BÉRENGUIER (Raoul). L'Arsenal
Dans : Jardin des arts, novembre 1966, pp 32-39

BABELON (Jean-Pierre). L'Hôtel de l'Arsenal au XVIIème siècle.
Dans : l'Oeil, novembre 1966, n° 143, pp 26-35 et pp 55; 58

BABELON (Jean-Pierre). Le Palais de l`Arsenal
Dans : Bulletin monumental, 1970, pp 267- 310

MUZERELLE (Danièle). La réserve spéciale de la bibliothèque de l'Arsenal ,
Dans : Revue de la Bibliothèque nationale, 1985, pp 14-23 ,

PHILIPPE (Louise). Le mobilier de l'Arsenal
Dans : l`Estampille, novembre 1985, n° 186, pp 28-39

CORON (Sabine). La roue à livres de la bibliothèque de l'Arsenal
Dans : l'Estampille-l'Objet d'art, novembre 1993, pp 76-82

BLOTIÈRE (Bénédicte'). Arsenal, la mémoire profanée
Dans : l'Estampille, l'Objet d`art, janvier 1997, n° 309, pp 42-51

La bibliothèque de l'Arsenal.
Dans : Art et métiers du livre, nov-déc 1997, n° 206, 64 p


Les Expositions à la bibliothèque de l'Arsenal

1966 : Gaston Baty et le renouvellement du théâtre contemporain. 96 p
CE "1966" mai différé

1969 : Charles Dullin. 48 p
CE “1969'' dec différé

1972 : Paul Léautaud. 90 p
CE "1972" janv différé 1978 : Roland Dorgelès, de Montmartre à l'académie Goncourt. 235 p
CE "1978" avr différé

1979 : Joris-Karl Huysmans, du naturalisme au satanisme et à Dieu. 144 p
CE "1979" juin différé

1980: Trésors de la bibliothèque de l'Arsenal. 258 p
CE "1980" mars différé
1984 : La bibliographie à travers 150 ans de Bulletin du Bibliophile. 590 p
CE 2576 différé. 590 p. 590 p 1985 : La reliure en Belgique au XIXème et au XXème siècle. 294 p
ALP 686.1 "18-19" Exp et CE 4941 différé

1987 : Archéologie du livre médiéval. 72 p
CE 6680 différé

1995 : Livres en broderie : reliures françaises du Moyen-Âge à nos jours. 191 p
ALP 686.1 Liv et CE 15725 différé

2001 : Livres en bouche : 5 siècles d'art culinaire français. 251 p
CE 23582

2009 : Jeux de princes, jeux de vílains. 159 p
ALP 794 Jeu et CE 28085



La bibliothèque de l'Arsenal par Charles Ransonnette, 1848