Société des Amis de la Bibliothèque Forney




EN PASSANT PAR LES PASSAGES PARISIENS


par Claudine CHEVREL


Article de Claudine Chevrel, (Conservateur en Chef à la Bibliothèque Forney), paru dans la revue SABF (Sté des Amis de la Bibibliothèque Forney) 2008 - Bulletin n° 178



Pendant les vacances, vous avez pris l'habitude des promenades culturelles, qui entretiennent la forme physique et intellectuelle. Voici une proposition pour continuer ce bel effort à Paris, bien à l'abri de la pluie et loin du bruit de la circulation. Visitez donc les passages couverts, si nombreux dans le centre de la capitale.

À la Bibliothèque Forney, nous recevions souvent comme lecteur M. Robert Capia, expert internationalement reconnu de la poupée parisienne du XIXe siècle et auteur de plusieurs livres. Sa boutique d'antiquités étant située galerie Véro-Dodat, dans le Ie arrondissement, ce passionné des passages et galeries est président depuis octobre 1999 de l'association justement appelée "Passages et galeries".
Outre l'édition d'un bulletin, la conduite de visites lors des Journées du Patrimoine, fin septembre, elle a déjà organisé deux expositions photographiques "Paris Passages passé" et "Paris Passages présent". Elle est surtout intervenue auprès de l'État pour obtenir une extension des protections au titre des monuments historiques. Grâce à elle, le Conseil de Paris a récemment pris la décision d'accorder 25% de subvention pour le financement des travaux dans les parties communes. Enfin, un dossier est en cours d'élaboration pour obtenir l`inscription des plus beaux passages européens au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco.
Cette association a également établi trois itinéraires à travers Paris pour visiter les différents passages. En voici le détail :




Entrée de la galerie Véro-Dodat



L'Élégance parisienne

Le circuit commence dans les jardins du Palais-Royal, entourés par les galeries de Montpensier, de Beaujolais, de Valois, des Proues et du Jardin. À la fin du XVIIIe siècle, le duc d'Orléans Philippe Égalité, propriétaire du vaste terrain, croule sous les dettes. Il imagine une opération immobilière qu'il confie à Victor Louis : des immeubles entourent le quadrilatère avec, en rez-de-chaussée, des portiques ornés de boutiques qu'il loue à des commerçants ou des tenanciers de tripots. Si, en 1786, trois bâtiments sont achevés, le quatrième côté ne sera jamais terminé, faute d'argent. À sa place, seront édifiées "les galeries de Bois", prolongées en 1792 par une autre galerie surnommée "galerie vitrée" à cause de son toit ajouré de dalles de verre. Á la suite d'un incendie, ces deux dernières galeries furent remplacées par la galerie d'Orléans, due à l'architecte Fontaine.







Entrée de la Galerie Montpensier

Galerie des Proues






Aujourd'hui, il subsiste au sol de superbes mosaïques et un commerce de qualité supplante peu à peu les boutiques vieillottes : le parfumeur Serge Lutens galerie de Valois, le spécialiste de la mode vintage et de la petite robe noire Didier Ludot, galerie de Montpensier, non loin de la Comédie Française. On peut acheter de belles boîtes à musique passage du Beaujolais, ou des décorations militaires, chiner dans les galeries d'art, s'attabler dans les restaurants dont certains possèdent une terrasse dans les jardins, en rêvant aux ombres de Colette et de Jean Cocteau.

Après un coup d'œil à la Bibliothèque nationale de France, voici la galerie Vivienne, inaugurée en 1826. Grâce aux rêves de grandeur du président de la Chambre des notaires qui la fit construire, le décor associe pilastres, arcs et corniches, couronnes de lauriers, gerbes de blé, cornes d'abondance et caducées de Mercure. Les mosaïques du sol, spécialement bien conservées, sont l'œuvre du fameux atelier de Jean-Dominique Facchina, qui décora aussi l'Opéra Garnier.
Cette galerie ne se révèle pas au premier coup d'œil et la recherche d'effets successifs y est particulièrement travaillée. A l'entrée, l'architecte a préservé la cour de l'hôtel préexistant ; après un resserrement, on débouche sur une rotonde, puis une grande nef de 42 m de long ; on descend cinq marches en fouinant dans les casiers d'un libraire d'ancien, vers un espace rectangulaire qui assure la jonction avec l'aile rejoignant la rue Vivienne, plus basse que la précédente. On y trouve un bel escalier suspendu qui menait autrefois à l'appartement de François Vidocq.







La Galerie Vivienne


La Galerie Vivienne






Le côté Vivienne est occupé par la boutique Jean-Paul Gaultier et les jours d'hiver, il fait bon prendre le thé aux tables rondes du salon " À priorité thé", comme si l'on était à l'extérieur. Côté rue des Petits Champs, on peut céder au péché de gourmandise devant la belle boutique du chocolatier-épicier-caviste Legrand, installé depuis 1919.

Toute proche est la galerie Colbert, chère à notre cœur de bibliothécaire, puisqu'elle a été rachetée par la Bibliothèque Nationale de France après une fermeture depuis 1975 et rénovée en 1986 par l'architecte Blanchet dans un état proche de l'origine. Elle est actuellement en travaux pour accueillir l'lnstitut national d'Histoire de l'Art. Pour des nourritures plus terrestres, on peut s'alanguir sur les banquettes du "Grand Colbert" restaurant datant de 1880 et dont la décoration s'harmonise parfaitement avec celle de la galerie. Celle-ci fut construite par la société Adam et Compagnie pour concurrencer la galerie Vivienne. La vaste rotonde, éclairée par un dôme de verre, conçue par J. Billaud, devint vite célèbre et fut copiée dans toute l'Europe lorsqu'il s'agit de croiser des allées dans une galerie. On y trouvait un candélabre en bronze portant une couronne de sept globes de cristal, éclairés au gaz, surnommé "le cocotier lumineux" et qui abritait les rendez-vous galants sous la Monarchie de Juillet.

Un peu plus haut dans la rue des Petits Champs, s'ouvre le Passage Choiseul construit vers 1925 par l'architecte Tavernier à la place de quatre hôtels. C'est d'ailleurs le porche de l'hôtel de Gesvres qui forme aujourd'hui l'entrée nord de ce passage de 190m, l'un des plus longs de Paris, qui ressemble vraiment à une rue, avec ses deux rangées de maisons en vis-à-vis. Louis-Ferdinand Céline y a vécu enfant et l'a immortalisé dans "Mort à crédit" sous le nom de "Passage de la Bérésina" car il était alors fort décrépit. Les habitués des théâtres des alentours aimaient y flâner et aujourd'hui encore, le n°62 permet un accès direct au théâtre des Bouffes Parisiens.







Passage Choiseul


Passage Choiseul






Des vitrines de prêt-à-porter, de chaussures, de décoration, de livres s'y succèdent sans réelle unité. Lorsque le couturier Kenzo y ouvrit la sienne dans les années 1970, avant de déménager place des Victoires, l'animation se fit plus intense. Elle dépend beaucoup désormais des heures d'ouverture des bureaux des alentours!

Pour finir, poussons jusqu'à la place de la Madeleine, sur laquelle s'ouvre au n°9 la galerie du même nom, construite en 1845 par l'architecte Théodore Charpentier, dont le nom est gravé sous la clé de voûte de l'arcade d'entrée. Deux imposantes cariatides de Klagman encadrent l'entrée principale. La verrière est divisée en panneaux appuyés sur d'élégants arcs-boutants. Bientôt, dans son prolongement, un nouveau passage va être créé dans la Cité du Retiro (qui relie la rue Boissy d'Anglas à la rue du Faubourg Saint Honoré) par Ricardo Boffil. On y trouvera le siège de Cartier international. Nous sommes ici dans le quartier du luxe !




Paris, ses grands boulevards et ses distractions

L'itinéraire commence également au Palais Royal et à la galerie Vivienne pour bifurquer vers le Passage des Panoramas, 11-13 boulevard Montmartre. On a oublié aujourd'hui ce qu'étaient les panoramas et l'énorme succès qu'ils rencontraient. Il s'agissait de toiles peintes avec de superbes effets de trompe-l'oeil, inspirées par l'histoire ou l`actualité, qui couvraient les murs d'une rotonde et que l'on admirait en général d'un observatoire situé au centre. En 1799, l'armateur américain Thayer fit construire deux tours boulevard Montmartre pour y installer ces attractions. Afin d'attirer la clientèle, il ouvrit le passage des Panoramas qui mettait les passants à l'abri de la pluie et de la boue.
En 1834, les galeries de Saint-Marc, des Variétés, de Feydeau et de Montmartre furent adjointes pour concurrencer Colbert, Vivienne et Véro-Dodat. Quand le théâtre des Variétés (dont l'entrée des artistes se situe au n°17) vint s'y adosser en 1807, la galerie ne désemplit plus. Et son succès se poursuivit, même après la destruction des panoramas en 1831.
En 1989, la partie la plus au sud a été largement modifiée par la construction d`un immeuble d'habitation sur la rue Saint-Marc. Au milieu des nombreux magasins de philatélie, se distinguent "l'Arbre à cannelle", salon de thé au décor Napoléon lll, et le graveur Stern dont les boiseries et le mobilier datent de 1840.







Passage des Panoramas


Passage Jouffroy






Sur le trottoir d'en face, on remarque l'entrée du musée Grévin et le passage Jouffroy, créé en 1836, qui reste l'un des passages les plus fréquentés de la capitale à cause de ce pensionnaire illustre. Entièrement construit en fer et verre, il comprend des colonnes de fonte qui soutiennent les planchers et s'élèvent jusqu'à la verrière en ogive. Ce fut également le premier passage à être chauffé par le sol. Entièrement rénové en 1978, il a recouvré son dallage d'origine. Les boutiques ont toujours été de qualité (cafés, modistes, tailleurs, coiffeurs, magasins de gants...) Il a gardé tout son charme, avec, dès l'entrée, l'hôtel Mercure Ronceray, où Rossini composa "Guillaume Tell", puis une boutique de cannes anciennes, un magasin spécialisé dans la broderie, la boutique "Pain d'épice" et ses jouets à l'ancienne, une libraire spécialisée dans le cinéma... et l'inévitable salon de thé.

C'est la Société du passage Jouffroy qui ouvre en 1846 le passage Verdeau (du nom d'un des membres de la société). Cest le plus clair de tous, avec sa haute verrière en arête de poisson et un dessin très épuré de lignes néo-classiques. Bien qu'ayant toujours souffert de la comparaison avec les deux passages précédents, il doit à la proximité de l'Hôtel Drouot la présence de nombreux antiquaires ou libraires spécialisés dans les livres anciens.







Passage Verdeau


Passage des Princes






Boulevard des Italiens, voilà le passage des Princes, dernier-né des passages couverts du 19e siècle. En 1859, un homme d'affaires, Mirès, ayant acquis l'ancien palace "Grand Hôtel des Princes et de l'Europe", le fit ouvrir pour relier l'un des boulevards les plus fréquentés à la rue des très grandes affaires, la rue de Richelieu. lnauguré en 1860, il vit à la fois la faillite de son commanditaire et la fin des passages parisiens.
Après avoir été détruit en 1985 au cours d'une opération immobilière, il fut reconstruit à l'identique en 1994, totalement rénové... pour bientôt refermer en 1998. Depuis 2002, il est devenu "le passage des jouets", avec une succession impressionnante de boutiques de jouets.


Un Paris historique

Toujours à partir des galeries du Palais-Royal, il faut se rendre rue Jean-Jacques Rousseau, pour admirer le passage Véro-Dodat, dû à l'alliance du charcutier Véro et du financier Dodat. Cette galerie néo-classique se distingue par des ornements en cuivre et en fonte, des miroirs, des peintures, des colonnes, un sol pavé de marbre noir et blanc, et des globes de lumière. Elle dut son succès aux "Messageries Laffitte et Gaillard", situées en face de l`entrée, car les voyageurs qui attendaient la diligence allaient flâner parmi les magasins de mode.
Le Second Empire, avec la création des grands magasins, et la disparition des Messageries, entraîne son déclin. Restaurée en 1997, elle demeure une des plus élégantes, avec ses galeries d`art, ses boutiques d'ameublement et de décoration, et le créateur de souliers Christian Lauboutin, qui chausse les stars, ainsi que le siège d'une des plus belles revues d'art du monde, la revue italienne FMR ( pour Franco Maria Ricci)
Ouvrant sur la place du Caire, le passage du Caire présente sur sa façade trois superbes effigies de la déesse Hathor, reconnaissable à ses oreilles de vache. Il a été ouvert en 1798 lorsque l'Égypte était à la mode en France, après l'expédition de Bonaparte. Tout proche de la mythique Cour des Miracles, il s'élève à l'emplacement des bâtiments et du jardin du couvent des Filles-Dieu, les pierres tombales des religieuses ont même constitué une partie de son dallage. Avec ses 370 m de longueur, c'est le plus long des passages parisiens, mais c'est aussi le plus étroit. D'abord investi par les imprimeurs lithographiques, puis par des fabricants de mannequins pour vitrine, il est devenu le rendez-vous des professionnels et des grossistes du prêt-à- porter du quartier du Sentier. Assez délabré, il a perdu une grande part de son cachet, et il est difficile de s'y frayer un chemin parmi les portants de vêtements poussés à toute allure par les livreurs.
Si la curiosité vous prend de lever les yeux, vous pourrez voir que le registre supérieur des façades a conservé les dispositions d'origine, et contraste avec les devantures récentes.







Passage du Caire


Passage du Ponceau






Dans le prolongement de ce passage, celui du Ponceau relie la rue Saint-Denis à la rue Ponceau et son entrée réutilise le passage cocher en façade de l'immeuble construit à cet emplacement au début du 18e siècle. Le percement du boulevard Sébastopol, en 1854, en a réduit la longueur. En 1970, le sol en mosaïque a été supprimé, en 1973, ce fut le tour des verrières en acier et verre.
Depuis 1975, on assiste à la suppression ou à l'occultation progressive de la quasi totalité des devantures anciennes et à l'installation massive de commerce textile en gros et de restauration rapide.

Reliant le boulevard Saint-Denis à la rue du Faubourg Saint-Denis, le passage du Prado a été créé en 1785, sous le nom de Passage du Bois de Boulogne, du nom d'un bal réputé du quartier. Passage découvert et à angle droit, il possédait déjà la rotonde qui marque son articulation. Il ne fut couvert qu'en 1925 et c'est en 1930 qu'il reçut son nom actuel, en clin d'œil au musée du Prado de Madrid. Il ne garde de sa splendeur que les arcs-boutants de style Art-Déco en carton-pierre (mélange de sable et de carton moulé sur une armature de fer) qui ornent les fermes métalliques de sa verrière. Le dépaysement y est total, puisque des restaurants turcs côtoient un coiffeur indien, un restaurant mauricien ou un pâtissier pakistanais.

Tout aussi exotique, le passage Brady ouvre sur le 33 du boulevard de Strasbourg. Construit en 1828 par les commerçants Briavoinne et Brady, il devait, à l'origine, être entièrement couvert. Finalement, seule le fut la partie reliant la rue du Faubourg Saint-Denis au boulevard de Strasbourg. Il a été amputé en 1854 de sa partie centrale et de sa rotonde par le percement du boulevard de Strasbourg.
Dès 1831, les revendeurs de friperies y abondent ainsi que les cabinets de lecture. Comme ses voisins, il s'est orienté vers les commerces indiens et pakistanais depuis l'ouverture en 1973 du premier restaurant indien. Très délabré, il a connu un dramatique incendie en novembre 2007, avec la mort de quatre personne.







Passage du Prado


Passage Brady






Après la destruction des pavillons de Baltard aux Halles, l'État a pris progressivement conscience de l'intérêt et de la fragilité de ces éléments du patrimoine du 19e siècle parisien, mais ils restent des passages privés, soumis au bon vouloir de leurs copropriétaires, même si leur classement permet peu à peu de les mettre à l'abri des destructions ou des restaurations abusives.






Sur les passages, vous pouvez lire à la Bibliothèque Forney :

LIVRES

Benjamin (Walter).- Paris, capitale du XIXe siècle.- Paris : Ed. du Cerf, 1989.- 974 p
NS 36 778 différé

Bloch (Ferdinand).- Les rues de Paris.- Paris : Nadaud, 1889.- 5 volumes
NS 11 748 1 à 5

Delorme (Jean-Claude).- Passages couverts de Paris.- Paris : Parigramme, 1997.- 189 p
NS 51 570 différé

Doisneau( Robert).- Passages et galeries du 19e siècle.- Paris : ED. A.C.E, 1981.- 126 p
NS 18 072 différé

[Exposition. Paris, Pavillon de l'Arsenal, 1994]. - Les toits de Paris, de toits en toits.- 255 p
ALP 711.4 (443.6) Exp Prêt et CE 14 865 Sur place différé

Lemoine (Bertrand).- Les passages couverts en France.- Paris : Délégation à l'Action artistique de la Ville de Paris, 1989. - 253 p
ALP 721 Exp

Moncan (Patrice de).- Passages de Paris.- Paris : Seesam; RCI, 1991.- 261 p
NS 39 581différé

Moncan (Patrice de).- Le guide des passages de Paris: guide pratique, historique et littéraire.- Paris: Seesam-RCI, 1991.- 372 p
ALP 711.4 (443.6) Mon Prêt

Moncan (Patrice de).- Les passages couverts de Paris.- Paris : ed. du Mécène, 1995.- 240 p
NS 54 052 différé

Mounicq (Jean).- Paris retraversé.- Paris : Impr. Nationale, 1992.- 288 p
NS 40 681 différé


ARTICLES DE PERIODIQUES

Avon ( Françoise). La vitrine et le passant.
Dans : Magasins, avril-mai 1967, n°60, pp 22-27

Bauer(Gérard). Réservés aux piétons, passages de Paris.
Dans : Plaisir de France, novembre 1964, n°313, pp 28-35

Lemoine (Bertrand). Les passages des Champs-Élysées.
Dans : Monuments historiques, janvier-février 1991, n°172, pp 63-68

Loyer (François). Á propos des passages.
Dans : Paris-Projet, 1977, n°17, pp 108-119

Mace de Lepinay (François). En passant par les passages.
Dans : Monuments historiques, 1980, n°108, pp 49-57

Passages (Les) couverts dans Paris.
Dans : Paris-Projet, 1976, n°15, pp 110-150

Passages parisiens.
Dans : l'Architecture d'aujourd'hui, décembre 1970, janvier 1971, pp 64-65

Passages et galeries.
Dans : Patrimoine et cadre de vie, juin 2008, n°179, pp 27-39

LEMOINE (Bertrand). La galerie Colbert.
Dans : Paris-Villages, 1985, n°9, pp 68-70