Société des Amis de la Bibliothèque Forney




LA COLLECTION MERTLE
Photogravure
7 AU 18 NOVEMBRE 1967


Collection Mertle sur la photomécanique. Cette collection est probablement la plus complète et la seule sur la photogravure américaine. Elle comprend 6.000 livres rares et 100 pièces originales qui retracent les diverses étapes du développement des procédés photomécaniques de l'origine jusqu'à nos jours. Joseph J. Mertle, technicien américain a réuni cette collection et l'a vendue en 1958 à la firme Minnesota.



Exposition Collection Mertle (Photogravure)






Exposition Collection Mertle (Photogravure)






Caractère - n° 1468 - 1968

La collection Mertle sur l'histoire des procédés photomécaniques
L'exposition organisée récemment par la société Minnesota de France à l'Hôtel de de Sens qui abrite la Bibliothèque Forney, nous a permis de découvrir, à travers la collection Mertle, la richesse d°une histoire peu connue : celle des procédés photomécaniques et de la photogravure. Cette collection est la plus complète et probablement la seule sur ce sujet : au total, 6.000 livres rares et quelque 1.000 pièces originales retraçant les diverses étapes du développement des procédés photomécaniques de l'origine jusqu'à nos jours. La collection Mertle a été acquise en 1958 par 3M Company de St-Paul (Minnesota); 200 pièces parmi les plus représentatives, ont été présentées récemment en Europe, et notamment à Paris. Les documents reproduits dans les pages suivantes montrent quelques aspects de cette magnifique exposition.







Joseph S. Mertle, technicien américain et historien passionné des problèmes de repoduction, consacra sa vie à recueillir des ouvrages et des documents rares. A sa mort, en 1960, il estimait que sa collection représentait 90% de tout ce qui avait été écrit dans le monde sur les procédés photomécaniques.

 

Dès 1814, Niepce avait eu l'idée d'appliquer le procédure de Senefelder aux métaux et de copier des gravures sur métal en utilisant la sensibilité à la lumière du bitume de Judée. Niepce, on le sait, s'associa ensuite avec Daguerre pour achever de mettre au point la première méthode pratique de photographie par la fixation sur verre des objets à l'aide la lumière solaire : les premières photos sont connues sous le nom de daguerreotypes, bien que le véritable inventeur en fut Niepce.







Photo de l'exposition de la Collection Mertle

 

Le portrait du Cardinal Georges d'Amboise constitue non seulement la première photogravure, mais aussi la première reproduction photomécanique. Elle fut réalisée en 1826 par Joseph Nicéphore Niepce.






L'origine du micro-film, on la trouve dans le service postal par... pigeons voyageurs, en 1870. Son inventeur, René Dagron, perfectionna en photographie la préparation du collodion de chlorure d'argent, lui donna une finesse et une transparence qui permettait d'obtenir des réductions microscopiques, inconnues juu'alors.

Pendant le siège de Paris par l'armée allemande (1870-1871), le procédé de Dagron permit d'envoyer des "dépêches", messages écrits ou imprimés, puis photographiés et réduit sur des films au collodion. Les films, très légers, étaient attachés à la queue de pigeons voyageurs qui survolaient le slignes allemandes jusqu'au siège du gouvernement français à Tours et à Bordeaux. On envoya ainsi deux millions et demi de films pendant les cinq mois que dura le siège de la capitale française.

 

Une gravure de l'époque montre la projection à l'administration des Postes, des dépêches privées apportées par pigeon : les films sont projetés sur un mur par un appareil électrique grossisant. Une pellicule d'environ 3,5 X 5 cm pouvait contenir 144 "feuillets d'imprimerie".






Copie de la première simili avec l'écran de Leggo, parue le 30 octobre 1869 dans le journal Canadian Illustrated News. Leggo, un des pionniers de la reproduction en simili, traçait des lignes parralèles sur des plaques au collodion opacifié humide, puis collait deux plaques ensemble à angle droit avec du baume du Canada. Vers la même époque, d'autres essais de reproductions en simili furent réalisés par Fox Talbot (1852), Berchtold, Melsenbach (1882), Frédéric Ives (1895), etc.

 

Portrait de Benjamin Day qui inventa en 1881 le procédé "Ben-Day" permettant d'ombrer des reproductions de trait par le décalque de reliefs en gélatine.

 

Dès 1850, le français Firmin Gillot avait déjà inventé les clichés de trait par un procédé qui consistait à transformer une image lithographique à l'encre grasse sur zinc en une image typographique (en relief) par morsure à l'acide./h4>






L'invention de l'héliogravure remonte à 1875. C'est un tchèque, Karl Klic (ou Klietsch), né en Bohème en 1841, qui en fut l'inventeur et le promoteur. Il obtint d'abord, avec le papier charbon et un grain de bitume, des copies-réserves pour la morsure de clichés typographiques ou la morsure en creux de rouleaux pour l'impression sur tissus. Vers 1875, il fit à Vienne ses premières formes d'héliogravures au grain de résine.


Plus tard, vers 1890, Klic copie une trame sur son papier charbon : c'est la technique de l'héliogravure tramée telle qu'elle est encore généralement utilisée aujourd'hui.
La reproduction montre un écran expérimental de Klic, formé par des caractères (la photographie a été agrandie, afin de montrer la nature de l'écran).

 

Photographie de Klic - deuxième à partir de la droite - et du personnel de son entreprise de photogravure à Vienne en 1875.











Informations T.Z N° 386 du 31 octobre 1967



La Collection Mertle et l'Histoire des procédés photomécaniques

Il y a quatre ans, pour l'un de ses numéros, la revue Reprorama (Agfa - Gevaert) m'avait demandé de brosser un tableau, schématique, de l'histoire du développement conjoint des techniques photographiques et des procédés photomécaniques. Je l'avais fait avec précaution, connaissant son ampleur, et donc la difficulté d'en esquisser simplement les contours, même en se limitant aux seuls problèmes de "photomécanique".

J 'avais conclu sur une proposition : celle d'un- travail collectif, mené sur le plan international, et je n'avais pas caché ma conviction qu'il devrait être préparé, avant tout programme, par un recensement des sources et par une mise au point du vocabulaire dont des définitions précises sont indispensables à tout contact et à toute étude technique. Et je laissais ouvert le champ à toute initiative, dont je pensais qu'elle devrait émaner d'un réel technicien des moyens de reproduction photomécaniques.

La Drupa m'a donné fortuitement l'occasion de réenvisager la question, une question qui dépasse toute préoccupation ou toute documentation particulière; la raison de cette remarque : faire comprendre que j'ai seulement vu dans cette occasion le moyen de susciter à nouveau un travail d'ensemble, animé du seul souci "scientifique" propre aux historiens de la technique. Les visiteurs de la Drupa, un peu curieux, ont eu en effet la chance de prendre connaissance de cent soixante-quinze documents de la collection Mertle choisis pour leur signification historique et auxquels la Société 3 M avait réservé une présentation particulièrement soignée, complétée par un petit catalogue édité en trois langues.
Qui était Joseph S. Mertle (1899-1960) ? Un Américain technicien mais également journaliste et historien de la photographie et de la photogravure; son expérience pratique lui permit aussi de faire œuvre de technologie en ce qui concerne les différents procédés de reproduction, et de l'éclairer d'une connaissance attentive du sens et de l'ordre des progrès intervenus. Pour mieux suivre les étapes, diverses, inattendues, mais en fait assez rapides, de cette évolution de la photomécanique, Mertle s'ingénia à recueillir, dans le monde entier, le plus de témoignages concrets possibles, et il réunit ainsi plus de 6.000 ouvrages et 1.000 exemples, c'est-à-dire, d'après ses estimations, 90% de toute la littérature consacrée à la photomécanique, ce qui fait rêver, et en même temps rassure, puisque voilà une source précieuse aussi bien par son abondance que par l'exploitation qu'il doit être possible d'en faire.

Un aperçu de cette moisson fructueuse nous en était donc donné à Düsseldorf, davantage valable par la réalité démonstrative que par la qualité intrinsèque des pièces exposées, dont le fil conducteur, malgré la répartition en parties bien définies, paraissait hésitant et présentait des oublis curieux Mais cette observation, quoique restrictive, ne comporte aucune intention critique; elle exprime seulement le désir qu'on éprouvait d'en voir plus, et mieux encore, et elle ne minimise nullement le plaisir très vif pris à la découverte de ces documents; j'ai été très heureux de les voir, et je suis tout prêt à les revoir avec le même intérêt. Quel jugement général pouvait-on porter après avoir regardé tous ces panneaux ?

Qu'on était en présence d'une documentation presque uniquement de langue anglaise, et avant tout américaine; cela se conçoit fort bien, Anglais et Américains s'étant tout spécialement acharnés au développement des possibilités photographiques. Mais alors, que de noms nouveaux - et même ceux d'éphémères procédés - à ajouter à tous ceux des chercheurs et techniciens auxquels il est fait habituellement référence dans les ouvrages techniques européens !
Cela prouvait aussitôt combien nombreux avaient été les chercheurs, et différentes leurs démarches, de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, et avec quelle part d'insuccès sinon d'échecs il avait fallu compter. Mais on en retenait l'effort persévérant, inscrit dans d'identiques courants de connaissances ou d'investigations et indubitablement servi par des échanges d'informations, auquel avaient donné lieu ces nouvelles techniques, ainsi que la foi invétérée dans les possibilités de la photographie et dans les moyens qu'elle allait offrir à la reproduction des images. Qu'on se réfère aux inventions elles-mêmes ou, tout autant, à l'esprit d'approfondissement, d'acharnement qu'elles traduisent, quelle riche leçon tous ces pionniers ne nous donnent-ils pas, et quel encouragement pour les techniciens qui continuent leur œuvre !

Si toutes les techniques n'étaient pas également représentées, et si certaines lacunes pouvaient être regrettées, dans la mesure où ça gênait rapprochement sinon filiation, un seul point d'application eût suffi à démontrer tous les efforts faits en vue d'abord d'une solution, ensuite d'une meilleure solution : celui des trames, et de leur utilisation; quelle diversité, quelle complexité dans ces essais que seules les références produites permettaient de connaître et d'apprécier.

Un autre indice intéressant à retenir, c'est la place rapidement réservée aux nécessaires moyens de contrôle, donc aux appareils de mesure ; la sensitométrie prenait ainsi naissance, tandis qu'on pénétrait mieux le domaine délicat de la chimie photographique et que les premiers pas étaient faits vers la mécanisation de la photogravure.

Il est peut-être utile de citer les titres des six parties sous lesquelles les documents avaient été disposés :
1. La photographie et les bases de la photomécanique,
2. Typographie et photogravure,
3. Reproduction en couleur,
4. Procédés en similis,
5. Lithographie et photolithographie,
6. Procédés de photogravure (le terme couvrant ici la rotogravure ou, comme on dit maintenant, l'héliogravure).

La troisième partie était pleine d'enseignements sur la volonté et l'opiniâtreté mises à reproduire les couleurs, et il faut rappeler à ce sujet que le New York Journal du 29 juin 1897, c'est-à-dire il y a soixante-dix ans, comporta une illustration en couleurs.

Tout aussi instructive était la partie relative aux similis, dont les procédés portent des noms connus (tel celui d'Ives) ou moins connus, ainsi celui de Cramer, dont le spécimen - déjà un spécimen... - "est généralement considéré comme l'une des œuvres les plus belles de l'impression en simili qui ait jamais été publiée" (pour reprendre la précision du catalogue).

Notre collectionneur prit sa part de cet effort collectif, ou seul ou en collaboration, ainsi avec Fruwirth sur la théorie de la diffraction des similis, ou avec Bassist sur la photolithographie moderne, et il suggéra des expressions qui subsistent, comme "dot etching". Par ailleurs, soulignons que, pour étayer ses travaux historiques, il se rendit, entre autres, acquéreur de la collection de K. Klic. On n'en finirait pas de noter tout ce que la visite de la collection Mertle offrait à notre admiration, nous portant à être plus soucieux que jamais de la mise en valeur de ce patrimoine de nos métiers.

C'est pourquoi, apres avoir apporté, à l'occasion de cette exposition, ma modeste contribution à l'exaltation de techniques qui méritent réellement notre considération, je me permettrai de redire qu'il est grand temps d'en entreprendre l'étude historique.
RANC.

N.B. La collection Mertle sera exposée prochainement à Paris (Bibliothèque Forney) par les soins de la Compagnie 3 M du 8 au 18 novembre 1967.






Liens

The Joseph S. Mertle Collection on the History of Photomechanics
Joseph S. Mertle Collection on the History of Photomechanics
Mertle Collection: Where Photography Meets the Printing Press