Société des Amis de la Bibliothèque Forney


ANDRÉ LHOTE
4 FÉVRIER AU 4 MARS 1967




André Lhote 1885-1962

André Lhote est un peintre cubiste, un théoricieun, de l'art et un enseignant français. Peintre de sujets de sport, nus, portraits, paysages, marines, natures mortes, peintre à la gouache, graveur, illustrateur. Il passa sa jeunesse à Bordeaux où il suivit un apprentissage chez un sculpteur décorateur mais aussi des cours de sculpture décorative à l'école des Beaux-Arts. À partir de 1907 il réside à Paris. À partir de 1918, il enseigne dans différentes académies jusqu'à la fondation en 1922, de sa propre académie rue d'Odessa dans le 14ème arrondissement.
André Lhote a beaucoup écrit et notamment des ouvrages théoriques sur la peinture moderne et des ouvrages de critique d'art. Quelques livres d'André Lhote :
* La peinture, le cœur et l'esprit. Correspondance inédite (1907-1924). André Lhote, Alain-Fournier, Jacques Rivière
* Traité du paysage (Floury, 1939)
* Traité de la figure (Floury, 1950)
* Petits itinéraires à l'usage des artistes (1943)
* Les Invariants plastiques (Hermann)
* Corot, (Stock, 1923)
* Les Peintres français nouveaux (Gallimard, 1926)
* Peinture d'abord (Denoël, 1942)
* De la palette à l’écritoire (Corrêa, 1946)
* Les Chefs-d’œuvre de la peinture égyptienne (Hachette, 1954)
* La Peinture libérée (Grasset, 1956)

S'il se rattache au mouvement cubiste dès 1912, il n'accepte pas ce qui lui paraît trop abstrait. C'est pourquoi il gardera un lien profond avec la peinture classique, tant au niveau des sujets que dans la rigueur des compositions.
Théoricien et pédagogue, il fonde une école rue d'Odessa en 1921, dans le quartier du Montparnasse, où étudieront par exemple William Klein, Tamara de Lempicka, Bertrand Dorny, Marcelle Rivier, Henri Cartier-Bresson, Dario Villalba, Alf Bayrle, ou Robert Wehrlin.
Possédant une maison à Mirmande dans la Drôme, il organisera des stages d'été pour des élèves. Et même certains artistes y trouveront refuge (Marcelle Rivier et Guy Marandet qui y demeureront, Alexandre Garbell, Pierre Palué...) pendant le deuxième conflit mondial.
On peut noter qu c'est lui qui réalisa les peintures murales de la faculté de médecine de Bordeaux en 1957.
Décédé en 1962, c'est donc 5 ans après qu'est organisé une exposition à l'Hôtel de Sens où sont présentés des gouaches, des aquarelles, des pastels, des dessins.













Le Figaro du 23/02/1967

La place d'André Lhote dans l'art aujourd'hui reste mal définie parce que, malgré les apparences, il n'a jamais été strictement soumis aux disciplines dans lesquelles il est d'usage de le classer, spécialement en ce qui concerne le cubisme. L'artiste est d'ailleurs en grande partie responsable de ce malentendu, à la fois en raison de son intelligence et de son goût de l'indépendance qui l'ont constamment, amené à contrôler, non seulement son art, mais aussi les réactions de l'époque.

L'importante exposition de gouaches, aquarelles et dessins qui lui est consacrée actuellement à l'Hôtel de Sens met en évidence cette indiscipline qui dans le cubisme a apporté un élément de fantaisie, de sensibilité tout à fait inopportun par rapport à ce que voulaient ses créateurs. Elle montre comment plus tard en s'échappant du cubisme pour aller vers un art, certes très construit, mais tenté par les arabesques du baroque, il fait encore acte de dissidence.

ll ne faut pas oublier aussi qu'André Lhote a a été un des commentateurs les plus lucides - à la fois intelligent et sensible - de l'art contemporain; que les textes publiés par lui, autant que les leçons dispensées à ses nombreux élèves, ont joué un rôle considérable pour étendre le public capable de comprendre les recherches très particulières de ses contemporains.

Cette intelligence et cette sensiblité ne peuvent pas être absentes de son oeuvre et c'est justement dans la mesure ou elles se manifestent, dans la mesure où il n'a pas pu les écarter, qu'il a été tenu un peu en marge par ceux qui voulaien une discipline sévère et n'acceptèrent des renoncements que pour leur propre compte.

Si l'on pouvait douter des qualités authentiques d'André Lhote, il suffirait de regarder certains dessins ou aquarelles présents à cette exposition, d'une observation si juste, d'une qualité si rare, que l'on se prend à regretter que l'artiste lui-même n'ait pas mieux exploité ses dons et ait voulu les plier aux rigueurs de ses raisonnements.

Il est juste qu'une bonne exposition nous permette une vue d'ensemble sur cet artiste de haut mérite. Elle fait souhaiter qu'une plus complète manifestation, réunissant aussi ses peintures, lui soit bientôt consacrée.
R. C.







Nu assis -1917

Portrait de femme






Les Nouvelles Littéraires du 9 février 1967

Les Deux visage d'André Lhote
[...] À Paris, c'est sans doute la part la moins connue de son oeuvre que nous présente l'exposition de l'Hôtel de Sens, commémorant le cinquième anniversaire de sa disparition, mais non la moins intéressante. Il y a, réunies là, plus de deux cent cinquante pièces, aquarelles, gouaches, dessins, lithographies, illustrations qui, de 1909 à la veille de sa mort, nous font parcourir sa vie, non plus par la grand-route de sa peinture, un peu trop tirée au cordeau pour mon goût, au tracé trop calculé, trop volontaire, mais par des chemins plus capricieux, plus détendus.

Et qui, sans doûte, nous faisant aborder l'homme par ses côtés moins biens gardés, où le guet de l'intelligence se relâche, nous le rendent plus proche, plus accessible.

C'est qu'il y a dualité, combat chez André Lhote, d'un côté sa fougue de Méridional, sa sensibilité, et de l'autre, tenant ferme les rênes, tirant sur la bride, l'intelligence, calculatrice et tyrannique. Cette intelligence aiguë des choses de la peinture, servie par une grande connaissance des œuvres, qui, se coulant dans une langue pure, fit de lui, par ses articles de la Nouvelle Revue Française, à partir de 1917, et par ses livres, le critique et le théoricien qui eut entre les deux guerres le plus d'influence.
C'est elle, aussi, qui le transforma, dans son atelier de la rue d'Odessa, puis à Mirmande, en professeur dont on venait suivre l'enseignement des quatre coins du monde, et qui savait si bien, pour ses élèves, démonter pièce par pièce, expliquer, les oeuvres du passé. Mais peut-être devenait-elle quelque peu indiscrète lorsque le peintre se mettant devant son chevalet, elle pliait son inspiration à des lois et des impératifs longuement médités et élaborés.

Ici, dans cette exposition de l'Hôtel de Sens, elle est toujours là, bien sûr, mais moins vigilante, plus effacée. Ce n'est plus le temps de guerre, où tout geste inconsidéré risque de laisser l'ennemi forcer les défenses de la citadelle, mais celui de Ia paix, des vacances. La sentinelle se sent l'âme bucolique, rêveuse, et le sentíment, la fougue,longtemps retenus, refoulés, en profitent pour se faufiler dans les dessins, les aquarelles, bien plus rapidement enlevés que des toiles lentement pensées et composées

Pour ma part, c'est cet André Lhote que je préfère, qui, baissant la garde, se laisse toucher au coeur.

Jean Daleveze







Joueurs de rugby


Le village escarpé






Le Monde - 24 février 1967

Au cinquième anniversaire de sa mort, une fervente exposition à l'Hôtel de Sens rénové rappelle le souvenir d'André Lhote. Plus de deux cent oeuvres - dessins, gouaches, pastels, gravures - pour la plupart jamais sorties de son atelier, sont ainsi exposés pour la prmemière fois à Paris. De 1909 à 1961, voici plus d'un demi-siècle de peinture et de réflexion sur la nature récapitulant la trajectoire d'un art mesuré qui a plongé ses racines dans l'oeuvre de Cézanne, la couleur des Fauves, l'art nègre découvert au cours d'une visite chez un antiquaire de Bordeaux et, bien sûr, le cubisme dont André Lhote était une haute figure.

L'exposition est l'occasion de la redécouverte d'un peintre que l'on dit volontiers intellectualisant, car trop brillant dans ses écrits, mais pour qui l'art est "affaire d'émotion" et "source de tourments"

Lhote, qui transcrivait la nature sur ses oeuvres, n'a pas laissé les chose à leur place. Lui qui avait tant défendu dans ses textes Picasso dont la "barbarie" déconcertait le public, n'est cependant jamais allé jusqu'aux frontières incertaines que fréquenta l'espagnol.

Au contraire, il reconstruit la nature, analysant et clarifiant le "désordre visuel", élaborant une architecture que favorisa la stylisation cubiste, en un système de "signes" qui font "voir" la réalité dans son intelligence secrète. L'exposition montre dans son ampleur le processus suivi par le peintre pour prendre possession du monde environnant, dont il retiendra souvent la logique constructive. Aussi, en même temps que d'émotion, tout est-il affaire de "signes", de "langage pictural" qui devrait, pour l'initié, être perçu avec la même clarté qu'un langage discursif.

Les ressources de son dessin sont largement illustrées ici : "Tête pour le nu au madras" (1918 - n° 2) dessiné à 33 ans, d'une stylisation cubiste et le "Portait d'Alain Fournier", sculptural et modulé d'une finesse ingresque (1914 - n° 3). Mais invinciblement André Lhote passe, comme à une étape supérieure, d'un graphisme linéaire aux valeurs d'une couleur diffuse : "Nu debout" (pastel - n° 6) d'un parfait équilibre entre le réalisme et la géométrisation cubiste.

C'est, en effet, dans la couleur qu'apparaît sa sensibilité, qui a délibérément rejeté les ombres bitumeuses des romantiques. Il s'écriera devant le chatoiement d'un bouquet de fleurs : "Voici un beau drame pictural". Pour lui, la couleur peut tout exprimer, comme le montre la lignée de peintres qui va de Vermeer à Bonnard. Elle est en peinture la monnaie de l'absolu : voir les carnations opalines de ses pastels le "Portrait dAnne › (1932 - n° 82), la "Grasse Matinée" (1914 - n° 70) , le "Portrait" (1933 - n° 83).

Parallèlement son besoin de clarification intellectuelle dont témoignent de nombreux dessins, la couleur est aussi pour André Lhote l'instant de l'effusion et de l'émotion : " Auto portrait" (1909 - n° 1), le "Modèle" (1934 - n° 84), "Tête d'expression" (1917 - n° 16).

André Lhote ne se lance jamais tout à fait dans la nuit. L'analyse clarifie la voie. Il s'agit moins d'inquiéter que d'aider à mieux voir et comprendre le monde et la vie. C'est en cela que l'art d'André Lhole a voulu être un langage.

Jacques Michel







Lithographie d'André Lhote






Agence quotidienne - 10 février 1967

Dans quelques-unes des salles du merveilleux ancien hôtel des Archevêques de Sens, l'association culturelle "Connaissance des Hommes" et la "Société des Amis de la Bibliothèque Forney" présentent une vaste exposition d'eouvres du si regretté André Lhote., qui nous quitta en 1962.

On sait le role important assumé par l'artiste d'abord par sa peinture puise par ses articles, ses livres, ses conférences et son enseignement. De 1918 à 1960, il enseigna et dans presque tous les pays du monde vivent aujourd'hui des peintres qui ont fréquenté l'atelier de la rue d'Odessa et qui sont les débiteurs d'André Lhote à l'enthousiasme communicatif.

Comme ils seraient heureux, tous de visiter l'exposition qui doit beaucoup à Simone Lhote, de voir plus de deux cent cinquante gouaches, dessins, pastels, aquarelles, lithographies et eaux-fortes. C'est en fait, la première exposition présentée à Paris d'oeuvres connues seulement par de rares privilégiés et elles viennent affirmer, si besoin en était, une grande personnalité et un grand talent.

Signalons, entre de nombreuses réussites "Porquerolles", une aquarelle datée de 1931, "Étude pour une tapisserie", gouache de 1939, deux pastels "Nu accoudé", réalisé en 1932 et "Au bord du fleuve" (1935), une série de dessins, plus attirant l'un que l'autre, par leur finesse, leur précision, leur envolée.

Un catalogue, digne de l'exposition, est mis à la disposition des visiteurs à un prix très abordable et ce catalogue est un modèle du genre.







Gordes






Aspects de la France - 9 février 1967

L'architecture de l'ancine hôtel des Archevêques de Sens, restauré et occupé aujourd'hui par la Bibliothèque Forney, se prête fort bien à une exposition d'aquarelles, de dessins, de livres, telle la rétrospective Anfré Lhote, organisée par l'association culturelle Connaissance des hommes et La Société des Amis de la Bibliothèque Forney, et inaugurée vendredi dernier.
Ce qui démontre, une fois de plus, qu'un cadre ancien convient parfaitement à du mobilier moderne, à de la peinture "moderne", à la condition qu'il s'agisse d'oeuvres de qualité.

Pour nombre de gens, André Lhote se résume à un constructeur rigoureux, épris de synthèse et dont Ia palette joue agréablement sur des plans arrachés au cubisme. C'est là restreindre singulièrement un artiste attiré par toutes les formes de l'art, comme il appert de cette exposition où la rigueur n'est pas exempte, tant s'en faut, de sensibilité.

Je veux, tout d'abord,. dire le plaisir que j'ai eu d'y rencontrer nombre de ces jeunes garçons, artisans en formation qui fréquentent régulièrement la bibliothèque et y viennent chercher des modèles. Combien ils se montraient intéressés par ce qu'ils avaient sous les yeux. Belle leçon de dessin avant tout, quel que soit le parti qu'en ait tiré l'artiste. Nous entrons tout de suite en communication avec lui, grâce à cet autoportrait, daté de 1909, traité par grands plans et que les tâches de gouache font vibrer : on y discerne une vive intelligence, un sens aigu des modalités qui relèvent d'une même esthetique.
Un premier tour rapide des salles fait apparaitre une grande diversité, sans heurts. Lhote se prête, se plie aux grandes lignes, simples et élégantes comme aux scènes d'intimité, à l'illustration ainsi qu'aux compositions mouvementées; il est aussi à l'aise dans des aquarelles qu'on ose dire cézanniennes, tant par le dessin que par l'harmonie des nuances, que dans des paysages schématiques aux couleurs vives et heurtées.

Rien de superficiel chez cet artiste : André Lhote va au fond des choses. Il s'est frayé sa voie à travers ses aînés et ceux de sa génération, et si certains rapprochements sont faciles à faire, cela prouve simplement avec quelle facilité il s'assimilait leur "faire" mais il ne demeure prisonnier de personne.
Ses dessins à la plume, prestement enlevés comme des croquis, portent en eux une belle assurance. Ses pastels, d'une douce luminosité, demeurent empreints de mélancolie. En face du portrait d'Anne, j'ai noté : trait cerné qui 'enferme le visage; trois ou quatre pastels donnent les volumes et l'expresslon.

D'une scène portuaire : Marin et Martiniquaise, dont il a tiré des lithographies différemment teintées, ressort une lassitude fort bien rendue (ceci à titre d'exemple). Autre litho qui m'arrête : un Nu assis, une suite de courbes extrêmement tenues, d'une rare élégance. Je pourrais citer d'autres dessins, d'autres aquarelles, d'autres gouaches auxquels je me suis complu.
Je préfere m'arrêter plus longuement devant ce portrait d'Alain Fournier - que Lhote avait connu par l'intermédiaire de son beau-frère, Jacques Rivière -; je n'y retrouve peut-être pas l'auteur du Grand Meaulnes, tel que je l'imagine à la recherche d'Yvonne de Galais; mais cela importe peu. Ce visage imite par plans superposés, par volumes, le regard perdu au loin les sourcils en accent circonflexe, dur et fermé sur sur lui-même, me fascine : quelle vie intérieure l'habite ! Cela Lhote l'a non seulement compris, mais encore il a réussi à nous faire partager son sentiment.

Au-delà de son œuvre peinte ou dessinée, il ne faudrait pas oublier l'écrivain d'art, qu'il s'agisse de travaux touchant à l'esthétique ou d'ouvrages consacrés à des artistes, Renoir, Bonnard, Seurat ... sans oublier le "père" Corot. J'ai parlé de sensibilité au début de cette chronique. J'en trouve ici une nouvelle preuve.







Les Deux amies - 1927


Le 14 juillet en Avignon







La Guerre




LIENS

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Art et Histoire
Alba la Romaine - Cité des Arts







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