Société des Amis de la Bibliothèque Forney




DÉCORS INSOLITES
CHEZ TRISTAN DE SALAZAR
22 JANVIER AU 20 FÉVRIER 1966









Chronique des bibliothèques - Enssib - 1966
Exposition : décors insolites chez Tristan de Salazar

La Société des Amis de la Bibliothèque Forney et les Papiers Peints de France ont présenté à l'Hôtel de Sens, du 29 janvier au 20 février 1966, sous le titre "Décors insolites chez Tristan de Salazar, une série de décors intérieurs : salle des gardes, oratoire de Tristan de Salazar, appartement privé de Tristan de Salazar, chambre à coucher d'Isabelle II d'Espagne, etc...

Les décorateurs Carlhian, Royère, Olivier-Merson, Raphaël, Jansen, Mauny, etc... se sont efforcés de montrer tout le parti qu'on pouvait tirer du papier peint : parquet, moulure, faux bois, faux marbre, tableaux, tapisseries.

Dans la salle qui servit de lieu de réception pendant l'exposition étaient présentées des planches d'impression et des cylindres anciens, ainsi que des papiers peints (1840-1860) tirés des collections de la bibliothèque. Le plafond avait été réalisé en un curieux assemblage de panneaux recouverts de papiers peints modernes d'une très grande variété.

Cette exposition a accueilli 12.000 visiteurs.


Pour rappel :
Tristan de Salazar, 1431-1518, prélat français du XVème siècle, archevêque de Sens de 1475 à sa mort. C'est lui qui fait détruire l'hôtel de Jean d'Hestoménil donné par le roi Charles V à l'archevêché de Sens pour être la résidence parisienne de son archevêque et reconstruire à sa place entre 1475 et 1519 l’actuel bâtiment.
L'Hôtel de Sens fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques de par la liste de 1862. Depuis 1961, les locaux sont destinés à la Bibliothèque Forney. Bibliothèque spécialisée de la Ville de Paris, consacrée aux beaux-arts, aux métiers d'art et à leurs techniques, aux arts appliqués ainsi qu'aux arts décoratifs






Article paru dans L'Aurore Janvier 1966

À l'Hôtel de Sens, dans le Marais on va marcher sur du papier peint

Une très importante exposition va se tenir, à partir de samedi, dans le quartier du Marais, en l'Hôtel de Sens, rue du Figuier. Elle durera près d'un mois et son but est de promouvoir l'idée - et les idées - de l'emploi du papier peint dont, depuis une dizaine d'années, la vente progresse chaque année de 9%.

"La Chambre syndicale des Fabricants de papiers peints, m'a dit son secrétaire général Gabriel Fagu, n'avait pas organisé de manifestation analogue depuis cinq ans. A l'époque, nous avions pensé que - aux caves de la Tour Eiffel, où nous nous étions installés - nos seuls visiteurs seraient des professionnels de l'ameublement et de la décoration. Il en fut tout autrement, et nous fûmes les premiers surpris par un véritable engouement de la part du grand public... Avec le prestigieux hôtel des archevêques de Sens, nous avons découvert un tout autre cadre - cent pour cent «insolite» - et je crois que nous allons vers une nouvelle très belle réussite.

Parmi les décorateurs nous ayant apporté leur concours : Jacques Damiot, Carlhian, J.-J. Quantin, Raphaël... En bref, nous nous attendons à dépasser les dix mille visiteurs"

A quelques jours de l'ouverture, parmi les préparatifs et les inévitables gravats, j'ai spécialement remarqué les stands de J.-J. Quantin et de Jacques Damiot déjà pratiquement achevés. Meubles haute-époque et armes anciennes dans celui-là, tandis que, de son côté Damiot a réussi à harmoniser, dans un décor de papier peint à dominante écarlate et d'inspiration japonaise, un ensemble pour "gloriette au bord de la mer". Au centre, une étonnante méridienne en rotin de Manille agrémentée d'un couvre-pieds de satin blanc, deux défenses d'éléphant frappées de vermeil et d'argent et bien entendu aussi, un de ces automates dont Damiot est le grand spécialiste.


Le velouté est toujours le plus cher

Quelques soixante-dix sortes de papiers peints seront exposés sur les divers murs de l'Hôtel de Sens, dans la partie réservée à l'exposition. La quasi totalité sont des papiers de style, plus exactement des dessins anclens auxquels les fabricants ont apporté des colorations modernes.

"Ces «remake» marquent la tendance actuelle. Sans doute doit-on regretter qu'il n'y ait réellement pas d'art mobilier moderne permettant de donner aux papiers peints un style plus nouveau... Il y a, bien sûr, les mobiliers suédois et danois qui deviennent à la mode, mais les fabricants n'ont pas encore spécialement étudié de papiers peints pour les mettre en valeur."

La France compte actuellement une quinzaine de fabricants de papiers peints totalisant un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 164 millions. L'an dernier, il s'est vendu 23.297 tonnes de marchandises, dont la plus grosse quantité est constituée de papiers de qualité "moyenne" : 8 à 15 Francs le rouleau (pour couvrir cinq mètres carrés), alors que les plus chers - des papiers dits "veloutés" - atteignent des prix de vente allant de 60 à 75 Francs le rouleau.

A noter également la concurrence étrangère : l'an passé, des fabricants belges et anglais ont écoulé en France près de 2.500 tonnes de papiers peints qui pour la plupart, étaient des copies du "goût français".

Parmi les principaux fabricants français : Leroy, qui possède à Ponthierry, en Seine-et-Marne, la plus importante usine d'Europe ; Paul Dumas, installé à Montreuil-sous-Bois; Turquetil (Saint-Maur), principal spécialiste des papiers toile de Jouy ; Follot (Paris). dont les papiers "veloutés" sont fabriqués avec exactement la même méthode qu'il y a deux siècles, ce qui explique en partie leurs prix assez élevés.

"Dans notre exposition de l'hôtel de Sens, m'a également expliqué Gabriel Fagu, les visiteurs remarqueront que même les sols des différents stands sont décorés de papiers peints. Nous n'entendons pas, bien entendu, démontrer par là que ceux-ci peuvent avantageusement remplacer les parquets ou les carrelages... Nous avons simplement cherché à, apporter un élément insolite supplémentaire. Mais ces sols peuvent être aisément transposés sur un mur ou, mieux, sur un plafond."

Autre détail : Nobilis, que l'on donne également comme un des grands spécialistes du papier peint en France, ne figure pas au nombre des exposants. Est-ce là une éviction systématique, dont on risque de beaucoup parler ?

"Absolument pas ! Mais Nobilis, avec lequel nous entretenons les meilleurs rapports. n'est pas un fabricant, mais un éditeur de papiers peints. Son directeur choisit des dessins, fait graver des cylindres et demande ensuite à un fabricant de lui en faire imprimer des rouleaux"

Quoi qu'il en soit, les fabricants de papiers peints, qui sentent que l'heure n'a jamais été plus propice, songent à prolonger l'exposition de l'Hôtel de Sens par une exposition itinérante à travers la France.











Article de Jours de France - 12 février 1966


ALAIN ET SYLVIE : ILS ONT TROUVÉ LE DÉCOR DE LEURS RÊVES

Alain Barrière est maintenant plein d'idées pour décorer la maison de campagne qu'il vient d'acheter. Le célèbre jeune chanteur, qui commence son tour de chant ces jours-ci à Bobino, avait demandé à sa camarade, la jolie Sylvie Solar, de l'accompagner à l'Hôtel des Archevêques de Sens où se tient une Exposition des Décors Insolites.

Ils ont été de découvertes en découvertes, depuis des rouleaux à imprimer la tapisserie, jusqu'aux papiers imitant la soierie ancienne. Maitenant c'est décidé, la décoration de la maison des rêves d'Alain et de Sylvie sera inspirée des beaux intérieurs qu'ils ont vu à cette exposition.

Alain et Sylvie repartent ravis de l'Hôtel de Sens. Ils ont trouvé les idées qu'ils voulaient et ont imaginé que ces décors étaient les leurs.








Alain Barrière avec Sylvie Solar à l'Hôtel de Sens




Alain Barrière avec Sylvie Solar à l'Hôtel de Sens






Article du journal Le Monde - Janvier 1966

Les Décorateurs à l'Hôtel de Sens

Une douzaine de décorateurs ont entrepris, sous, le signe du papier peint de faire revivre le personnage de Tristan de Salazar à l'Hôtel de Sens dont il a été le constructeur (1474-1519). On a meublé de façon "insolite" - comme l'annonce l'affiche - une salle des gardes, un déshabilloir, etc., etc.

Ce genre de thème, traité d'ailleurs ici avec liberté, était familier aux visiteurs du Grand Palais, au temps des séries d'ensembles "L'art ancien dans la vie moderne". Le choix du local est plus surprenant. L'édífice des archevêques de Sens, où séjournèrent la reine Margot et G.d'Annunzio, acheté par la Ville de Paris en 1911 dans un état misérable, et en partie écroulé en 1927, demeure, malgré les restaurations commencées en 1936, un lieu dont l'intérieur surtout, à peu près dépourvu de toute atmosphère authentique, n'est pas digne de représenter - avec l'hôtel de Cluny - les seuls restes parisiens de l'habitat noble à la fin du Moyen Age.

Certes, il n'était pas question d'une reconstitution historique. La présentation masque même plutôt les éléments anciens conservés. C'est le découpage du circuit de l'exposition, scindé en deux, ponctué d'escaliers et d'un grand buffet vide, qui manque d'intérêt.

Par ailleurs, l'emploi du papier peint souvent en copie de velours et brocarts alourdit considérablement plusieurs salles et ne dégage pas toujours la qualité des objets : d'où une impression probablement voulue en raison de la mode, mais gênante, d'intérieurs encombrés comme ceux du style Troubadour. Posés sur le sol en imitations - excellentes comme tour de force technique - des marqueteries de bois, des dallages et même des mosaïques méridionales et italiennes de galets, ces mêmes papiers peints trouvent un emploi de pure plaisanterie. Quand ils entrent sur les portes dans des compositions en trompe-l'oeil, le visiteur est plus rassuré.

La qualité de fabrication de l'industrie ici à l'honneur est d'un très bon niveau : des motifs découpés et encadrés font des tableaux de bouquets agréables dans la "Salle a manger d'un amateur de fleurs". On admirera surtout l'emploi du papier peint collé sur un plafond à caissons où les lames de bois également en papier font parfaitement illusion, ou plus simplement l'effet classique, au mur, dans "Folie sous un plafond", d'une grande mappemonde. Renonçant aux plagiats des paysages romantiques qui régnaient il y a quelques années à l'exposition de Galliera, les huit fabricants qui exposent ici font un effort à retenir.

En matière de meubles et d'objets, le goût des décorateurs se révèle toujours fidèle aux hautes époques, à la "curiosité" de tous âges et de tous pays et aux rapprochements ingénieux. Notons pour l'art d'aujourd'hui le "Salon au 50e étage" de Jean Royere.

Pour le passé : l'ensemble de la "Grotte aux dauphins" de Jansen, avec ses sièges coquille d'huître et rocaille, ou la chambre de la reine Isabelle II d”Espagne d'une opulence bourgeoise. Parmi les objets : une table dont le plateau de verre repose sur des rouleaux à imprimer le papier peint, de Raphaël, des chaises du XVIIe siècle à dos peint, une paire de porte-bougies parfumées anglaise en ivoire d'éléphant, des assiettes gaies de Ceralène, et la petite tapisserie "Millefleurs" de J.-J. Quantin.

Et toujours la manière d'attacher à Paris un grand plat d'étain avec une cordelière à glands rouges.
P.-M. G.






La Maurienne républicaine Janvier 1966

Décors insolites chez Tristan de Salazar

Sur l'initiative des Papiers Peints de France, le merveilleux Hôtel de Sens vient de recevoir une ornementation extraordinaire. Une exposition placée sous le haut patronage de M. le Préfet de la Seine et de M. le Président du Conseil municipal de Paris, animéé par les meilleurs décorateurs utilisant la gamme prestigieuse des fabricants de papiers peints, offrait au public des "décors insolites" allant de la chambre à coucher de la Reine Isabelle II d'Espagne et une Folie sous les toits (1960) et de l'oratoire de Tristan de Salazar à un salon au 50e étage d'un immeuble de Manhattan à New York.


L'Hôtel de Sens par Pierre Pagès